{"id":240,"date":"2001-05-01T17:20:09","date_gmt":"2001-05-01T17:20:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.austerlitz.org\/fr\/2001\/05\/01\/apres-la-bataille-dausterlitz\/"},"modified":"2001-05-01T17:20:09","modified_gmt":"2001-05-01T17:20:09","slug":"apres-la-bataille-dausterlitz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.austerlitz.org\/fr\/apres-la-bataille-dausterlitz\/","title":{"rendered":"Apres la bataille d&#8217;Austerlitz"},"content":{"rendered":"<p><P>En 1805 la guerre entre la France et l&#8217;Autriche \u00e9clata. Ce livre n&#8217;est pas destin\u00e9 a la description de toutes les causes politiques des alli\u00e9s, de leurs campagnes ni a la narration des d\u00e9roulements de cette grande bataille d&#8217;Austerlitz, cela soit r\u00e9serv\u00e9 aux historiens d&#8217;Europe et de notre cher pays, ces pages ne rapportent que des histoires qui touchaient des alentours et Zatcany meme pour faire estimer la paix que Providence divine nous donne, ce bonheur inappr\u00e9ciable de possession de nos biens par description des jours terribles de la commune de Zatcany et Trebomyslice et des souffrances et des malheurs de leurs habitants durant l&#8217;invasion ennemie.<\/P><BR><BR><P>La Russie prit part a cette guerre aux c\u00f4t\u00e9s de l&#8217;Autriche contre la France. En septembre l&#8217;arm\u00e9e russe marchait sous commandement du g\u00e9n\u00e9ral Koutouzof a travers la Moravie. Pour rendre ce d\u00e9placement plus rapide des soldats furent transport\u00e9s sur des chariots de ferme du lieu en lieu. Ce d\u00e9placement durait sans interruption jusqu&#8217;a la fin du mois d&#8217;octobre. L&#8217;arm\u00e9e autrichienne avait quitt\u00e9 le pays auparavant et se r\u00e9unit a la frontiere fran\u00e7aise.<\/P><BR><BR><P>La nouvelle que l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise sous le commandement de Napol\u00e9on prit la ville d&#8217;Ulm et entra aux pays imp\u00e9riaux arriva bient\u00f4t. L&#8217;ennemi p\u00e9n\u00e9tra jusqu&#8217;a Vienne et les Viennois la rendait pour \u00e9pargner la ville au siege terrible. Alors l&#8217;ennemi d\u00e9daigneux marchait dans la ville imp\u00e9riale sans un seul coup de canon. Notre arm\u00e9e avec l&#8217;arm\u00e9e russe reculerent vers la Moravie et la ville de Brno. Les Fran\u00e7ais les poursuivaient. Le 17 novembre des Autrichiens avec la cassette imp\u00e9riale militaire passaient par Menin et y logeaient comme dans des autres communes.<\/P><BR><BR><P>Le 18 courant tout le corps autrichien de 30 000 hommes sous le commandement de Kienmayer et l&#8217;arriere-garde logeait a Menin, Zatcany et Telnice. Cette nuit pr\u00e9sente le d\u00e9but de notre malheur. Comme des maisons et des greniers ne pouvaient pas servir pour tous les soldats, les hommes restaient aussi dans les rues et ils allumerent plus de 100 feux tout pres des maisons de la sorte que la nuit sombre changea en plein jour. Image impressionnante mais atroce a meme temps. Menin paraissait etre tout en flammes. Des vignes de Blucina et de Krepice, la colline de Prace, le paysage plat tout \u00e9tait comme en flammes, le ciel brulait d&#8217;un rouge vif. Cette nuit d\u00e9ja des habitants perdaient leur bois, paille, cl\u00f4tures, portes avec tout cela des soldats nourrissaient le feu. Toute la nuit on n&#8217;entendait que des cris des habitants anxieux et des fracas des portes, cl\u00f4tures etc.<\/P><BR><BR><P>Le 19 courant des Autrichiens passerent vers Jirikovice en laissant 20 hussards en garde qui vers 3 heures de l&#8217;apres-midi aper\u00e7urent sur la route de Nemcice une arm\u00e9e bleu\u00e2tre et un \u00e9clat des armes et alors les hussards quitterent Menin pour joindre l&#8217;arm\u00e9e a Jirikovice. L&#8217;angoisse, le terriblement indicible et la confusion g\u00e9n\u00e9rale s&#8217;installerent entre nous quand le dernier soldat autrichien disparut au-dela de Telnice et a meme temps des martelements des pieds de chevaux, ferraillements des armes et le chant atroce des soldats fran\u00e7ais surgissaient. Des habitants qui ne voyaient jamais un ennemi allerent et vendirent en tordant leurs mains de d\u00e9sespoir. Quelqu&#8217;un voulait se cacher, l&#8217;autre courir vers Otnice et Lovcicky pour sauver sa vie. Les plus audacieux restaient au village. Ils allerent a la rencontre au-devant de l&#8217;ennemi pour se rendre mais cela leur n&#8217;\u00e9tait utile que quelques instants. Des soldats en arrivant sur un champ seigneurial pres de la frontiere de Telnice s&#8217;arreterent d&#8217;un coup, laisserent leurs fusils en pyramides et se h\u00e2terent a Telnice, Menin, Zatcany et Trebomyslice. Ils entrerent en coup de vent dans des maisons pour y voler tout ce qu&#8217;il y avait a la port\u00e9 de leurs mains : nourriture, vetements, meubles meme comme tables, chaises, lits &#8211; tout pour allumer le feu. Cette violence durait toute la nuit. Il n&#8217;y avait que l&#8217;ennemi qui arrivait et partirait avec sa prise.<\/P><BR><BR><P>Le 20 du mois courant des soldats fran\u00e7ais se rendaient vers la ville de Slavkov. Les trois jours qui suivaient on ne voyait que l&#8217;arm\u00e9e des ennemis a passer de Menin a Telnice.<\/P><BR><BR><P align=justify>Le 24 courant un r\u00e9giment des Fran\u00e7ais revenait de Slavkov a Zatcany et Menin et il y restait au 29. On ne peut pas d\u00e9crire ce que des habitants avaient a surmonter. Sous des menaces de mort et de mise a feu ils devaient faire manger la foule militaire sans avoir eux-memes de quoi se nourrir. Gr\u00e2ce a l&#8217;\u00e9tang ou le poisson abondait ils pouvaient en approvisionner l&#8217;ennemi. Jour apres jour on abattait quelques vaches et il commen\u00e7a en manquer et des habitants se posaient la question ou en prendre le lendemain. La nuit du 29 au 30 courant d&#8217;un coup un tambour se mit a battre et dans 5 minutes tout le r\u00e9giment disparut.<\/P><BR><BR><P>La paix n\u00e9anmoins ne fut pas pour longtemps car le r\u00e9giment revint au bout d&#8217;une heure pour reprendre ses places. Apres une demi-heure du bruit et du trouble s&#8217;installerent et d&#8217;apres de vives conversations des officiers nous sachions qu&#8217;il s&#8217;agissait de quelque chose de tres important. Des soldats p\u00e2les en mettant leurs affaires dans des havresacs gesticulaient aux habitants &#8220;le Russe arrive&#8221;. Alors ils quitterent en h\u00e2te Zatcany. Vers 3 heures du matin des escadrons fran\u00e7ais vinrent dit-on de direction de la ville de Kyjov d&#8217;ou des Russes les chassaient. Ils continuerent sans arret a Menin.<\/P><BR><BR><P>Le 30 novembre \u00e9tait le premier jour d&#8217;un tel repos qu&#8217;on puisse en avoir dans une situation pareille, triste et difficile. Quelques dragons autrichiens suivis des cosaques russes nous surprirent le soir. Nous voulumes oublier notre chagrin et nos angoisses en regardant l&#8217;uniforme blanche et en \u00e9coutant la langue maternelle de la bouche d&#8217;un officier. Cela signifi\u00e2t pour nous la lib\u00e9ration des ennemis. Des hommes quand meme repartirent apres avoir bien demand\u00e9 la distance et le nombre des ennemis dont nous ne pumes pas les renseigner suffisamment. Apres 4 heures d&#8217;apres-midi, derriere du moulin de Zatcany les memes hommes se rencontrerent dans une mele sanglante contre des avant-gardes fran\u00e7aises ce qui faisait un bruit funeste tard dans la nuit. On entendait bien des ordres de nos soldats a Menin. Le 31 novembre et le 1er d\u00e9cembre furent tout calmes et on ne voyait ni soldat fran\u00e7ais ni le n\u00f4tre. Or ce calme n&#8217;\u00e9tait que celui avant la tempete.<\/P><BR><BR><P>Le 1er d\u00e9cembre nous \u00e9tions apres une longue rupture dans la maison du Seigneur. Que nos prieres \u00e9taient alors pieuses ! Nous pensions que des troubles de guerre avaient fini pour nous mais le pire n&#8217;aurait qu&#8217;a venir.<\/P><BR><BR><P>Le 2 d\u00e9cembre a 5 heures du matin une accrochage des avant-gardes sur des champs au-dela de Telnice et Ujezd que nous regardions du clocher nous effraya. Des coups se montraient plus fr\u00e9quents et a l&#8217;aube de la colline d&#8217;Ujezd, pres de la chapelle saint Antoine, un coup de canon \u00e9clata, puis le deuxieme, troisieme et apres une fusillade suivait de maniere qu&#8217;on ne put pas distinguer un coup de l&#8217;autre, seulement des coups de canons grondaient en courts intervalles. La terre tremblait et le clocher allait se pencher avec nous. Nous devenions p\u00e2les, nous nous regardions sans un seul mot, glac\u00e9s d&#8217;effroi. Le jour commen\u00e7a finalement et on pouvait voir des rangs qui couraient l&#8217;un contre l&#8217;autre sur des champs entre Telnice et Ujezd. Ce spectacle atroce finit par etre couvert de fum\u00e9e et de poussiere et on n&#8217;entendait plus que des grondements de canons, des tires de fusils et des cris des soldats.<\/P><BR><BR><P>Les Russes cinq fois avancerent jusqu&#8217;a Telnice, cinq fois ils furent refoul\u00e9s vers Ujezd. A Telnice les Fran\u00e7ais se barricaderent avec des chariots, ils se b\u00e2taient dans des maisons, des greniers et dans des caves. Vers 9 heures de la direction de Rajhrad plusieurs de r\u00e9giments fran\u00e7ais arriverent et se rangerent sur des champs derriere le moulin de Telnice mais apres quelques coups de canons russes les forcerent de quitter leur poste. Avant midi des bless\u00e9s marchaient sans fusils, sans chapeaux a Zatcany et a Trebomyslice pour se cacher des gardes passantes. Nous voyons que de maints Fran\u00e7ais se laissaient capturer par des cosaques russes. A Zatcany et a Menin, nous n&#8217;\u00e9tions que des spectateurs jusqu&#8217;a 4 heures de l&#8217;apres-midi quand les Russes commencerent a reculer de la colline de Prace en laissant dans l&#8217;\u00e9tang l\u00e9gerement gel\u00e9 200 canons, beaucoup de munitions et de bagages et se sauvaient vers Menin et Otnice. La route et nos vignes \u00e9taient dans une seconde couvertes des Russes en fuite. Nous eumes peur : \u00ab Sauvez-vous! \u00bb per\u00e7ait de tous les c\u00f4t\u00e9s. Nous descend\u00eemes du clocher, des femmes prirent leurs enfants, des hommes prirent des vieux et des vieilles et tout le monde se mit a courir. Derriere \u00abpoullany \u00bb l&#8217;infanterie et la cavalerie russes nous devancerent tous en pagaille et nous nous y melions et courrions avec eux. Des boulets de canons soufflaient de Stara hora au-dessus de nos tetes, nos cheveux se h\u00e9rissaient d&#8217;horreur et la sueur froide mouillait nos fronts. Des habitants de Menin couraient a Opatovice, des autres a Blucina parmi eux aussi leur pretre, l&#8217;intendant et l&#8217;instituteur. Menin resta pour la premiere fois dans son histoire tout d\u00e9peupl\u00e9.<\/P><BR><BR><P>Le 4 d\u00e9cembre des ennemis quitterent Menin et Zatcany et des habitants chass\u00e9s rentraient timidement. Nos premiers regards tomberent a nos maisons d\u00e9truites, pleines de cadavres raides, des hommes maigres, des entrailles leurs sortaient et ces moribonds voulaient les faire rentrer et en r\u00e2lant mourraient, autres voulaient une goutte d&#8217;eau pour apaiser leur soif mais on n&#8217;en avait pas. Des habitants en larmes se saluerent le soir et se racontaient des angoisses et le danger surmont\u00e9s. Notre cher empereur passa la nuit apres la bataille d&#8217;Austerlitz ensemble avec le tsar russe et grand-duc Constantin a Herspice, un petit village pres de Slavkov, dans un b\u00e2timent rural, ou ces h\u00f4tes majestueux ne purent manger que de la soupe au cumin et quelques pommes de terre. Ils \u00e9taient servis sur un seilleau a l&#8217;envers et son fond fut leur &#8220;table&#8221;.<\/P><BR><BR><P>Le 8 d\u00e9cembre nous visitions le champ de bataille d\u00e9sert. On ne peux pas d\u00e9crire le d\u00e9sastre que nous v\u00eemes. Milliers de morts parsem\u00e9s et jonch\u00e9s aux terribles traits dans leurs visages. Des bras, des jambes, des torses, des tetes. Un mis\u00e9rable tendait la main saignante vers nous au secours, l&#8217;autre dans la boue jusqu&#8217;aux hanches nous pria de l&#8217;assommer. Terrifi\u00e9s et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s nous rentr\u00e2mes dans nos maisons ravag\u00e9es.<\/P><BR><BR><P>Le 9 d\u00e9cembre des morts furent enterr\u00e9s et des bless\u00e9s transport\u00e9s aux h\u00f4pitaux de Brno, Sokolnice et Rajhrad. D\u00e9but de janvier 1806 l&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise apres se concentrer a Brno et le 13 quitta la r\u00e9gion de Moravie.<\/P><BR><BR><P>En 1809 apres la grande bataille d&#8217;Aspern et Wagram les Fran\u00e7ais envahirent la Moravie. Le 14 juillet ils entrerent aussi a Zatcany et Menin mais cette fois-ci il n&#8217;y avait autant de violence ils ne voulaient que de la nourriture, du fourrage etc. Bient\u00f4t la paix fut d\u00e9clar\u00e9e alors les Fran\u00e7ais partirent. Un souvenir de cette \u00e9poque &#8211; c&#8217;est 5 boulets, retrouv\u00e9s apres la bataille, qui sont emmur\u00e9s dans la fa\u00e7ade de l&#8217;ancien moulin.<\/P><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une copie litt\u00e9rale d&#8217;un article de la chronique de Zatcany \u00e9crite en 1870 par enseignant Gabriel Richter.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-240","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.austerlitz.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/240","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.austerlitz.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.austerlitz.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.austerlitz.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.austerlitz.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=240"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.austerlitz.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/240\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.austerlitz.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=240"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.austerlitz.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=240"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.austerlitz.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=240"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}